Le paradoxe de l'exercice physique : pourquoi les sportifs d'endurance de longue date présentent davantage de plaques coronariennes — et vivent pourtant plus longtemps
Ce que révèlent les dernières recherches sur athlètes masters, coronaire artère calcification, et ce que nous révèle la mortalité cardiovasculaire — ainsi que ses implications pour votre santé cardiaque.
Imaginez deux hommes entrant dans une clinique de cardiologie le même jour. Le premier n'a pratiquement pas fait d'exercice depuis une dizaine d'années. Le second a couru plus de 40 marathons et parcourt encore 60 miles par semaine. Tous deux ont la cinquantaine. Tous deux présentent des scores de calcification des artères coronaires — une mesure de plaque calcifiée dans les artères coronaires — ce que leur cardiologue juge préoccupant. Lequel des deux hommes présente le risque le plus élevé ?
Si vous avez répondu « le premier homme », vous avez raison. Et cette réponse va droit au cœur de l’une des découvertes les plus surprenantes de la cardiologie moderne : Les sportifs qui s'entraînent intensément pendant des décennies développent davantage de dépôts de calcium dans leurs artères coronaires que les personnes sédentaires — mais elles vivent quand même plus longtemps.
Il ne s'agit ni d'une faute de frappe ni d'un malentendu. C'est un véritable paradoxe, bien documenté et ayant fait l'objet d'études approfondies, que les chercheurs appellent désormais le “le paradoxe de la calcification chez les sportifs.” Il est extrêmement important de bien comprendre ce sujet, non seulement pour les sportifs de haut niveau, mais aussi pour toute personne cherchant à cerner le lien entre l'activité physique, les maladies cardiaques et la longévité.
| Point clé : Les sportifs d'endurance qui pratiquent leur discipline tout au long de leur vie accumulent davantage de plaque coronarienne plaque que les personnes sédentaires — y compris les types de plaques non calcifiées à haut risque —, mais leur risque de décès par maladie cardiaque reste nettement plus faible. Cette page explique pourquoi et ce que cela implique pour vos choix en matière de santé. |
Un peu d'histoire : de l'invincibilité à la complexité
Pendant la majeure partie du XXe siècle, le corps médical a considéré que les sportifs de haut niveau étaient pratiquement immunisés contre maladie coronarienne. Dans les années 1970, un médecin du nom de Thomas Bassler a publié ce qui est devenu connu sous le nom de “Hypothèse de Bassler” — l’idée selon laquelle le fait de terminer un marathon classique conférait une protection quasi absolue contre les accidents coronariens mortels athérosclérose.1 Son argument reflétait parfaitement l'air du temps. Le boom de la course à pied battait son plein, et l'idée selon laquelle les adeptes de ce sport avaient en quelque sorte échappé au vieillissement cardiovasculaire normal était extrêmement séduisante.
Cet optimisme a rapidement commencé à s'effriter. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, des études post-mortem ont commencé à mettre en évidence des cas d'athérosclérose coronarienne chez des coureurs de marathon décédés subitement pendant un entraînement ou une course.2 Ce n'étaient pas des hommes sédentaires ayant des décennies de mauvaises habitudes derrière eux : c'étaient des sportifs assidus dont les parois artérielles révélaient une réalité bien plus complexe que ce à quoi tout le monde s'attendait.
Aujourd'hui, les connaissances scientifiques ont considérablement évolué. Nous savons désormais que les sportifs ne sont absolument pas à l'abri des maladies coronariennes. En effet, les dernières données suggèrent un phénomène presque contre-intuitif : certains types d'activité physique intense et pratiqués tout au long de la vie pourraient en réalité accélérer la formation de plaques coronariennes, alors même que cette même activité réduit considérablement le risque de décès lié à cette pathologie.
Qui sont les athlètes « masters » ?
Tout au long de cet article, vous rencontrerez le terme “athlète de la catégorie « masters ».” Dans le domaine de la médecine du sport et de la recherche en cardiologie, ce terme désigne les hommes et les femmes âgés de plus de 35 à 40 ans qui ont pratiqué un entraînement d'endurance prolongé et systématique pendant une grande partie de leur vie adulte.3 Pensez à votre voisin qui court 50 miles par semaine depuis qu'il a une vingtaine d'années, ou à cette personne de votre salle de sport qui participe encore à des triathlons à 58 ans. Ce sont des athlètes « masters ».
Ce qui rend cette population fascinante d'un point de vue scientifique, c'est la contradiction apparente entre ce à quoi on pourrait s'attendre compte tenu de leur mode de vie — minceur, faible risque, bonne santé métabolique — et ce que les examens d'imagerie révèlent systématiquement au niveau de leurs artères coronaires. La compréhension de cette contradiction est devenue l'un des axes de recherche les plus fructueux de la cardiologie sportive contemporaine.
Les données : ce qu'ont révélé les recherches
Au cours des deux dernières décennies, plusieurs programmes de recherche majeurs se sont attachés à réaliser systématiquement des examens d’imagerie cardiaque chez des athlètes d’endurance vieillissants. Leurs conclusions ont révolutionné le domaine — et elles révèlent une réalité nuancée qui mérite d’être bien comprise.
L'étude « Recall Marathon » de Heinz Nixdorf : un premier signal d'alarme majeur
L'une des premières études visant à quantifier formellement ce paradoxe a porté sur 108 coureurs de marathon masculins en bonne santé, âgés de 50 ans et plus — des hommes qui avaient tous terminé au moins cinq marathons complets au cours des trois années précédentes.4 Les chercheurs s'attendaient à ce que leurs cœurs soient en parfait état. Ce qu'ils ont découvert s'est avéré plus complexe.
La médiane des coureurs Score de risque de Framingham — un outil standard permettant d'estimer la probabilité de développer une maladie cardiaque sur la base de tension artérielle, cholestérol, l'âge et tabagisme — n'était que de 7%, contre 11% chez un groupe d'hommes du même âge issus de la population générale. Selon les critères traditionnels, les coureurs semblaient constituer, de manière significative, le groupe présentant le risque le plus faible.
Mais lorsque les chercheurs ont mesuré score calcique coronaire — un score qui reflète la quantité de plaque calcifiée dans les artères cardiaques, les scores élevés indiquant une atteinte plus importante — le tableau a changé. Le score CAC médian des coureurs était statistiquement similaire à celui de la population générale du même âge, et nettement plus élevé par rapport aux témoins appariés à eux en fonction du niveau des facteurs de risque, et non pas uniquement de l’âge. Douze pour cent des coureurs ayant suivi un programme spécialisé IRM cardiaque présentait des signes d'infarctus du myocarde rehaussement tardif au gadolinium — un indicateur de lésions cardiaques microscopiques antérieures — et tous les événements coronariens survenus au cours de la période de suivi ont concerné exclusivement des coureurs présentant un score CAC égal ou supérieur à 100.4
| Ce que cela signifie
Standard calculateurs de risque tout comme le score de risque de Framingham, sous-estiment systématiquement le véritable charge athéromateuse chez les sportifs de haut niveau. Un coureur peut présenter un score “ à faible risque ” sur le papier tout en ayant une accumulation de calcium significativement élevée dans ses artères. C’est l’un des enseignements cliniques les plus importants tirés de cet ensemble de recherches. |
Les études MARC : comprendre le volume, l'intensité et la progression
Un programme de recherche néerlandais intitulé « étude MARC » (Measuring Athlete’s Risk of Cardiovascular Events) a fourni certaines des données les plus détaillées dont nous disposons actuellement sur le lien entre les caractéristiques de l'activité physique et l'athérosclérose coronarienne chez les sportifs vieillissants.
La première phase, MARC-1, a consisté en une évaluation transversale de 284 sportifs de sexe masculin âgés de 45 ans et plus, à l'aide à la fois d'un scanner de dosage du calcium et d'un examen plus détaillé angioscanner coronaire.5 Les résultats ont confirmé ce que les données de Heinz Nixdorf laissaient entrevoir : les sportifs ayant accumulé les volumes d’activité physique les plus élevés au cours de leur vie — plus de 2 000 MET-minutes par semaine, une mesure de la dépense énergétique — présentaient des taux significativement plus élevés de calcium coronaire (68%) et de plaque totale (77%) comparés aux athlètes moins actifs qui pratiquaient moins de 1 000 MET-minutes par semaine.
La deuxième phase, MARC-2, s'est révélée encore plus instructive. Dans le cadre de ce suivi longitudinal, 287 à 289 athlètes de la cohorte initiale ont subi un nouvel examen d'imagerie environ 6,3 ans plus tard, ce qui a permis aux chercheurs d'observer en temps réel le développement et la progression de l'athérosclérose.6 La conclusion la plus importante : Ce n'est pas la quantité d'exercice physique pratiquée par les athlètes qui a favorisé la progression de la plaque dentaire, mais l'intensité de leurs efforts.
Plus précisément, la proportion du temps d'exercice consacrée à intensité très élevée (≥ 9 MET — par exemple, course à intervalles à un rythme soutenu, efforts à fond à vélo ou aviron intense) était indépendamment associé à une accélération plus forte de scores calciques et l'élargissement de la plaque. Parallèlement, la pratique d'une activité physique intense à une intensité plus modérée (6 à 9 MET — une course rapide que l'on peut maintenir pendant une heure) était en réalité associée à moins Évolution de la CAC. Le nombre total d'heures enregistrées par semaine, sans tenir compte des données d'intensité, n'a montré absolument aucun lien indépendant avec l'évolution de la plaque.
| La question de l'intensité
Cette découverte a de réelles implications pratiques. Le signal de risque cardiovasculaire chez les athlètes d'endurance semble provenir spécifiquement de l'extrémité du spectre d'intensité — des efforts répétés proches du maximum, maintenus pendant des années, voire des décennies — plutôt que du volume cumulé d'un entraînement modéré. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille cesser de s'entraîner intensément. Cela signifie qu'il est important de saisir cette nuance pour déterminer comment dépister et suivre les athlètes vieillissants. |
Étude britannique sur les athlètes « masters » : un examen approfondi de la composition de la plaque dentaire
En 2017, un article phare a été publié dans la revue Trafic a apporté une nuance essentielle à l'ensemble.7 Des chercheurs britanniques ont comparé 152 athlètes d'endurance de la catégorie « masters » — principalement des coureurs, d'un âge moyen de 54 ans et ayant couru en moyenne 13 marathons — à 92 sujets témoins appariés selon l'âge, le sexe et le profil de risque cardiovasculaire. Les deux groupes présentaient des scores de risque de Framingham tout aussi faibles. La différence résidait dans le fait que les athlètes s'entraînaient intensivement depuis 31 ans en moyenne.
Les sportifs de sexe masculin présentaient une quantité de plaque coronarienne nettement plus importante que le groupe témoin (44,31 TP9T contre 22,21 TP9T). Calcification sévère (scores calciques ≥ 300 Unités d'Agatston) n'est apparu que dans le groupe des sportifs. Il en allait de même pour le rétrécissement significatif des artères coronaires — c'est-à-dire les cas où une plaque obstruait 50% ou plus de la lumière du vaisseau —, qui concernait 7,5% des sportifs masculins contre 0% dans le groupe témoin.
Lorsque les chercheurs ont examiné le type Parmi les plaques observées chez les sportifs, les chercheurs ont toutefois constaté un élément rassurant à première vue : 72,71 TP9T des plaques chez les sportifs de sexe masculin étaient purement calcifiées — c'est-à-dire denses et stables —, tandis que chez les sujets sédentaires du groupe témoin, elles étaient principalement plaques à morphologie mixte, qui sont généralement considérées comme plus dangereuses car elles sont plus susceptibles de se rompre et de provoquer une crise cardiaque.
Quatorze pour cent des athlètes masculins (15 hommes) présentaient des signes de cicatrices myocardiques à l'IRM cardiaque — un profil compatible avec des antécédents, souvent asymptomatiques, infarctus du myocarde. Il est intéressant de noter que seuls 3 de ces 7 hommes présentant des modifications typiques d'un infarctus avaient des obstructions coronariennes significatives dans l'artère concernée, ce qui suggère qu'une partie des lésions cardiaques observées chez les athlètes d'endurance extrême pourrait provenir de mécanismes autres que les mécanismes classiques plaque de rupture — notamment un spasme coronarien passager, une ischémie de effort ischémie lors d'un effort maximal, ou des lésions microvasculaires.7
L'étude Master@Heart : la remise en cause définitive de la théorie de la ‘ plaque stable ’
La conclusion rassurante de l'étude britannique « Masters » — selon laquelle les plaques observées chez les athlètes sont principalement stables et calcifiées lésions — a dominé le paysage pendant plusieurs années. Puis, en 2023, une étude belge multicentrique intitulée Master@Heart a publié ses résultats dans le European Heart Journal, et la situation s'est compliquée.8
Master@Heart a été la première étude spécialement conçue pour mesurer la prévalence absolue de tous les types de plaque dentaire chez les sportifs par rapport aux non-sportifs, plutôt que de se limiter à la proportion relative des différents types de plaque chez les personnes déjà atteintes de la maladie. Cette distinction revêt une importance capitale, car si les sportifs présentent un volume total de plaque bien supérieur à celui des non-sportifs, même une proportion similaire de plaque non calcifiée ce qui se traduit par un nombre absolu bien plus élevé de lésions dangereuses.
L'étude a recruté 191 sportifs d'endurance de longue date, 191 sportifs ayant commencé la pratique d'un sport d'endurance après l'âge de 30 ans et 176 témoins en bonne santé mais non sportifs. Il est important de noter que tous les participants étaient des hommes et qu'ils avaient tous fait l'objet d'un dépistage visant à exclure toute personne présentant des antécédents de maladies cardiovasculaires facteurs de risque comme l'hypertension artérielle, diabète, ou un taux de cholestérol élevé — afin d'isoler les effets physiologiques de l'exercice en lui-même.
Les résultats étaient sans équivoque. Les sportifs de longue date avaient davantage de chaque type de plaque: davantage de plaques calcifiées, davantage de plaques non calcifiées et davantage de plaques mixtes — toutes ces différences étant statistiquement significatives après prise en compte de facteur de confusion variables. Ils présentaient également un risque plus élevé de présenter des plaques dans les segments proximaux (près de l'origine) de leurs artères coronaires, là où les obstructions présentent le plus grand risque de provoquer des infarctus de grande ampleur.
La probabilité qu'un sportif de longue date présente une plaque non calcifiée dans une segment coronaire proximal était 2,80 fois plus élevé que celui d'un sujet témoin non sportif mais en bonne santé.8 Cette étude a démontré de manière définitive que l'athérosclérose chez les sportifs ne se résume pas à une simple accélération de la calcification stable : il s'agit d'une progression à tous les niveaux du processus pathologique, y compris les types de plaques présentant un risque plus élevé.
Il y avait toutefois une réserve importante : plaques vulnérables — caractérisées par la présence d'au moins deux signes d'imagerie à haut risque — étaient en réalité moins courant chez les sportifs de longue date que chez les témoins (avec un rapport de cotes de seulement 0,11). Cela suggère que, même si les sportifs accumulent globalement davantage de plaques, les caractéristiques structurelles de ces dernières pourraient néanmoins les rendre plus résistantes au type de rupture soudaine susceptible de déclencher une crise cardiaque. Nous reviendrons sur cette question mécanistique plus loin dans l'article.
| Conclusion de l'étude : les athlètes masculins de niveau master présentent un volume total de plaques coronariennes plus important que les personnes sédentaires ou modérément actives — notamment davantage de plaques non calcifiées situées à des endroits dangereux. Cependant, ces plaques semblent être structurellement plus stables, et leur mortalité cardiovasculaire globale reste nettement inférieure. C'est là tout le paradoxe. |
Et les femmes, alors ?
Voici une constatation qui ne retient pas suffisamment l’attention : l'athlète paradoxe de la calcification semble être un phénomène presque exclusivement masculin.
Une étude de 2024 publiée dans Trafic Dans leur étude, Papatheodorou et ses collègues ont spécifiquement examiné l’athérosclérose coronarienne chez 196 athlètes féminines de niveau « masters » hautement compétitives — des femmes âgées en moyenne de 54 ans, s’entraînant environ 8 heures par semaine et comptant en médiane 33 ans de pratique de sports d’endurance —, en les comparant à 59 femmes du groupe témoin appariées.9
Les résultats étaient pratiquement à l'opposé de ce que l'on observe chez les hommes. Les athlètes féminines présentaient en effet inférieur des taux élevés de scores calciques coronariens par rapport à leur âge et à leurs caractéristiques démographiques, par rapport au groupe témoin. Elles présentaient moins de plaques de morphologie mixte. Aucune des athlètes — ni aucune des femmes du groupe témoin — ne souffrait de maladie coronarienne obstructive (sténose (obstruant plus de 50% d’un vaisseau). Plus important encore, la quantité, la durée ou l’intensité de l’activité physique ne présentaient absolument aucun lien mesurable avec la charge calcique chez les femmes.
Chez les sportives, la présence de plaque — lorsqu’elle existait — était liée aux facteurs de risque classiques : l’âge avancé, un taux élevé de pression artérielle systolique, et faible HDL le cholestérol. L'activité physique a eu un effet essentiellement neutre sur calcification artérielle au sein de cette population.
Les chercheurs estiment que cette différence entre les sexes est probablement due à plusieurs mécanismes biologiques protecteurs propres aux femmes, notamment les effets protecteurs prolongés sur l'endothélium de œstrogène avant ménopause, des différences dans les réponses hémodynamiques à un débit cardiaque élevé, ainsi qu'une réactivité inflammatoire potentiellement moindre face au stress mécanique lié à l'exercice de haute intensité.9 Les implications pratiques sont importantes : la vigilance dont nous faisons preuve à l'égard des athlètes masculins d'endurance vieillissants ne doit peut-être pas s'appliquer de la même manière à leurs homologues féminines, du moins en ce qui concerne la calcification coronaire.
Activité physique, mortalité et la question de la relation dose-réponse
Pour bien comprendre le paradoxe de la calcification chez les sportifs, il faut prendre du recul et examiner la relation globale entre l'activité physique et la mortalité — car celle-ci est plus nuancée que la plupart des gens ne le pensent.
La relation entre l'activité physique et la longévité suit ce que les chercheurs qualifient de relation inverse courbe en J.10 À mesure que vous passez d'un mode de vie totalement sédentaire à un mode de vie légèrement actif, puis modérément actif, votre risque de décès, toutes causes confondues, diminue considérablement. C'est au bas de l'échelle d'activité physique que l'on observe les gains les plus importants en termes de survie : passer de l'inactivité totale à une activité physique, même modérée, constitue la mesure la plus efficace qui soit pour prolonger la longévité.
À mesure que vous augmentez votre niveau d'activité au-delà d'un niveau modéré, vous continuez à constater des bénéfices en termes de mortalité, mais ceux-ci diminuent progressivement. De vastes analyses de cohorte prospective Des études suggèrent que les personnes qui pratiquent une activité physique à un niveau deux à quatre fois supérieur aux recommandations minimales bénéficient d'une réduction supplémentaire du risque de mortalité comprise entre 2% et 13% par rapport à celles qui se contentent de respecter ces recommandations.11 Par ailleurs, à partir d'un volume supérieur à 3 000 MET-minutes par semaine — ce qui équivaut à courir plus de 4 miles chaque jour à un rythme soutenu —, la courbe des bénéfices en termes de mortalité s'aplatit complètement.
Il est essentiel de noter que, même à ces volumes extrêmes, le risque de mortalité ne augmentation. Les données montrent systématiquement que des volumes d'exercice très élevés sont associés à une accumulation plus importante de plaques coronariennes chez les hommes, mais pas à des taux de mortalité cardiovasculaire plus élevés.10 C'est précisément là que réside le paradoxe : une charge de morbidité structurelle plus importante, mais aucune augmentation de la mortalité — et, en réalité, un effet protecteur durable par rapport aux personnes sédentaires.
| Quelle quantité d'exercice physique est suffisante ?
Les recommandations actuelles préconisent 150 à 300 minutes d’activité physique modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’activité intense. Les études confirment que cette fourchette offre les meilleurs bénéfices en termes de survie par rapport à l’effort fourni. Aller au-delà de ces valeurs apporte des gains supplémentaires plus modestes, mais ne semble pas augmenter le risque de mortalité — même en présence de calcification coronarienne. |
Étude longitudinale du Cooper Center : les athlètes qui prennent du calcium obtiennent toujours de meilleurs résultats
Les données sans doute les plus pertinentes pour comprendre l'importance clinique du calcium coronaire chez les sportifs proviennent de l'étude Étude longitudinale du Cooper Center, qui a suivi 21 758 hommes en bonne santé, sans antécédents connus de maladie cardiovasculaire pendant une durée moyenne de 10,4 ans.12
Parmi les hommes qui faisaient le plus d'exercice — accumulant ≥ 3 000 MET-minutes par semaine — et qui présentaient bas score calcique coronaire (inférieur à 100 unités d'Agatston), leur risque de mortalité était d'environ moitié celui des hommes les moins actifs présentant des scores calciques comparables (rapport des cotes 0.52; 95% intervalle de confiance (0,29–0,91). L'activité physique a considérablement réduit leur risque de mortalité.
Parmi les hommes qui faisaient le plus d'exercice mais qui avaient élevé scores de calcification coronaire (égaux ou supérieurs à 100 AU), on a constaté aucune augmentation significative dans mortalité toutes causes confondues par rapport aux hommes les moins actifs qui présentaient également des scores calciques élevés (rapport de risque : 0,77 ; IC à 95 % : 0,52–1,15). Bien qu’ils présentaient une atteinte structurelle plus importante, les hommes très actifs n’étaient pas plus susceptibles de décéder — et affichaient même une tendance à une mortalité plus faible, bien que la différence ne soit pas statistiquement significative.
Par ailleurs, parmi les hommes les moins actifs, ceux présentant des scores calciques élevés avaient près de deux fois plus de risques de décéder d'une maladie cardiovasculaire que ceux dont les scores calciques étaient faibles (rapport de risque : 1,93 ; IC à 95 % : 1,34–2,78). Cela montre le revers de la médaille : La sédentarité augmente considérablement le risque de mortalité lié à la calcification coronarienne. L'activité physique, en revanche, semble l'atténuer considérablement.
La conclusion est sans appel : la présence de calcium coronaire chez un sportif n'implique pas le même pronostic que chez une personne sédentaire. Le paradoxe de la calcification est bien réel — et il revêt une importance clinique.
Pourquoi cela se produit-il ? Les mécanismes biologiques à l'origine de ce paradoxe
À ce stade, on peut légitimement se demander : comment Un mode de vie associé à une santé cardiovasculaire exceptionnelle entraîne-t-il la formation d'une plus grande quantité de plaque coronarienne ? Et comment ce même mode de vie protège-t-il contre les conséquences mortelles de cette plaque ? Les réponses résident dans quatre mécanismes biologiques interdépendants.
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Contraintes mécaniques exercées sur les artères coronaires
Lorsque vous pratiquez une activité physique à haute intensité, votre cœur peut pomper cinq à six fois plus de sang par minute qu’au repos. Tout ce flux sanguin doit circuler dans les artères coronaires — les vaisseaux qui irriguent le cœur lui-même —, ce qui entraîne une augmentation considérable de la pression locale, de la contrainte de cisaillement et de la force pulsatoire exercées sur les parois artérielles.3
Ce phénomène est particulièrement marqué au niveau des ramifications et des courbes de l'arbre coronaire, où le flux sanguin devient naturellement turbulent. La partie proximale de l'artère interventriculaire antérieure gauche — ce vaisseau que l'on appelle familièrement le “ faiseur de veuves ” lorsqu'il est obstrué — est particulièrement sensible à ce type d'écoulement turbulent lors d'un effort physique intense et prolongé.13
Répétée au fil des années et des décennies, cette contrainte mécanique provoque des micro-lésions au niveau de la fine paroi interne des artères. L'organisme réagit à ces lésions comme il le ferait face à toute blessure : il envoie des signaux de réparation. Vasculaire cellules musculaires lisses pénètrent dans la paroi artérielle et déclenchent un processus de dépôt minéral — qui se traduit essentiellement par un durcissement de la zone lésée. Le calcium visible sur un scanner CAC correspond, en partie, à l'accumulation des traces de ce processus de réparation mécanique.3
C'est pourquoi la calcification chez les athlètes s'explique d'un point de vue mécanistique différent par rapport à la calcification observée chez les personnes sédentaires atteintes de syndrome métabolique. Dans ce dernier cas, la plaque se forme principalement en raison d'une accumulation de lipides et d'une inflammation chronique de faible intensité inflammation en raison d'un taux de cholestérol élevé, résistance à l'insuline, ainsi que d’autres troubles métaboliques. Chez le sportif, la calcification est davantage une réponse directe à un stress hémodynamique répété — un renforcement structurel localisé de la paroi artérielle plutôt qu’un signe de défaillance métabolique systémique.
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Le lien avec l'hormone parathyroïdienne
Chaque fois que vous pratiquez un exercice d'endurance intense, votre corps augmente brièvement le taux d'hormone parathyroïdienne (PTH) — principale régulatrice du calcium dans le sang et les os.3 L'intensité et la durée de ce pic de PTH sont directement liées à la durée et à l'intensité de votre effort physique.
Le rôle de la PTH est de maintenir la stabilité du taux de calcium dans le sang. Lorsque ce taux augmente, elle mobilise le calcium provenant des réserves minérales osseuses pour l'acheminer dans la circulation sanguine. Au fil de décennies d'entraînement, ces impulsions répétées de PTH fournissent la matière minérale brute nécessaire à la calcification artérielle : le calcium mobilisé à partir des os peut alors se déposer aux endroits où l'endothélium est endommagé, comme décrit ci-dessus.
Cela aide à expliquer pourquoi l’intensité de l’effort est plus importante que son volume : une séance d’entraînement par intervalles intense, qui fait grimper considérablement le taux de PTH, peut entraîner davantage de calcification que trois heures de jogging modéré. Cela explique également pourquoi un homme de 60 ans qui pratique un entraînement de haute intensité depuis la vingtaine présente davantage de calcium dans ses artères coronaires qu'un homme du même âge qui a parcouru un kilométrage similaire à un rythme plus modéré.
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La couche fibreuse renforcée : l’armure de la nature
Passons maintenant à l'aspect « protection » de la question. Si les sportifs accumulent davantage de plaque — y compris davantage de plaque non calcifiée —, pourquoi ne sont-ils pas plus nombreux à subir des crises cardiaques ?
Une crise cardiaque n'est pas simplement due à la présence de plaque dans les artères coronaires. Il faut que cette plaque rupture — plus précisément, que la fine membrane recouvrant le cœur lipidique de la plaque (appelée chape fibreux) se déchire, exposant ainsi l'intérieur de la plaque au flux sanguin et provoquant une réaction explosive caillot sanguin qui obstrue l'artère.
Chez les sportifs, les mêmes contraintes mécaniques qui favorisent la formation de la plaque semblent également favoriser la formation d’une couche fibreuse exceptionnellement épaisse et dense. Les sollicitations intenses et répétitives obligent les cellules musculaires lisses vasculaires de la paroi artérielle à former une matrice structurelle plus robuste autour de la plaque — créant ainsi, en quelque sorte, une armure autour du noyau vulnérable.14 C'est peut-être cette couche de protection renforcée qui protège les sportifs contre les ruptures qui seraient bien plus fréquentes chez une personne sédentaire présentant la même quantité de plaque.
Les données de Master@Heart le confirment clairement. Bien qu'elles portent sur un total plus important volume de la plaque dentaire, les sportifs de longue date étaient nettement moins susceptibles de présenter plaques vulnérables — ceux présentant plusieurs signes d’imagerie à haut risque associés à une rupture imminente — par rapport aux témoins non sportifs (rapport de cotes de 0,11).8 Une quantité globale de plaque plus importante, mais une plaque plus stable. Les mécanismes biologiques agissent contre l'expression de la maladie, même lorsqu'ils contribuent à la formation de la structure pathologique.
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L'élargissement des artères et l'avantage de la circulation collatérale
La pratique régulière d'un sport d'endurance tout au long de la vie modifie la structure même des artères coronaires, et pas seulement les plaques qui s'y trouvent. Les artères coronaires des sportifs ont généralement un diamètre nettement plus grand que celles des personnes sédentaires.8 Cela revêt une importance capitale lorsqu'il s'agit d'évaluer les conséquences hémodynamiques d'une plaque donnée.
Une plaque occupant 50% de la section transversale d’une artère de diamètre normal peut tout de même permettre une circulation sanguine suffisante dans la moitié restante. Une plaque occupant 50% d’une artère fortement dilatée laisse un volume résiduel absolu encore plus important. lumens — suffisamment souvent pour que l’obstruction n’entraîne aucune diminution significative du débit sanguin, même pendant l’effort. La sténose mathématique 50%, mesurée par imagerie, ne se traduit pas par une ischémie fonctionnelle comme ce serait le cas dans une artère de taille normale.
Par ailleurs, les sportifs d'endurance développent un réseau coronarien très dense circulation collatérale — des vaisseaux microscopiques qui se forment au fil des années d’entraînement afin d’offrir des voies alternatives à la circulation sanguine pour contourner des obstructions partielles.8 Si une partie vulnérable d'une artère coronaire venait à se boucher, ce réseau collatéral préexistant pourrait assurer immédiatement une perfusion de secours, limitant ainsi considérablement l'étendue de l'infarctus du myocarde qui en résulterait et réduisant le risque d'arythmie mortelle. Il s'agit, en effet, d'un système de redondance biologique mis en place au fil de décennies de sollicitation cardiovasculaire.
Ce que cela signifie si vous êtes un sportif d’âge mûr — ou si vous en soignez un
Les travaux de recherche que nous avons décrits ont des implications pratiques importantes, tant pour les sportifs eux-mêmes que pour les médecins qui les suivent. Les données sont désormais suffisamment claires pour justifier la mise en place d’un nouveau cadre clinique — et la communauté cardiologique américaine y a répondu en publiant des recommandations actualisées.
Les calculateurs de risque standard ne tiendront pas compte de votre situation
L'une des conclusions qui ressort le plus systématiquement de toutes les cohortes dont nous avons parlé est que les outils traditionnels d'évaluation des risques cardiovasculaires — le score de risque de Framingham, le Équations de cohorte regroupées, ainsi que d’autres outils de calcul similaires, sous-estiment considérablement la charge réelle de plaque dentaire chez les athlètes de la catégorie « masters ».4 Ces outils ont été développés à partir de populations composées majoritairement d'individus sédentaires, et ils ne disposent d'aucun mécanisme permettant de prendre en compte la calcification mécanique liée à l'activité physique décrite ci-dessus.
Un athlète de la catégorie « Masters » âgé de 58 ans, présentant un taux de cholestérol et une tension artérielle idéaux, et n'ayant jamais fumé, obtiendra un score de “ à faible risque ” sur pratiquement toutes les calculatrices standard — même s’il présente un score CAC de 400 et des plaques non calcifiées dans la partie proximale de l’artère interventriculaire antérieure gauche. Il n’est plus suffisant de se fier uniquement à ces outils pour prendre des décisions cliniques concernant les sportifs d’âge mûr.
Le score calcique des artères coronaires change la donne
Un examen CAC — un scanner à faible dose et sans produit de contraste, qui dure environ 10 minutes et ne nécessite ni injection ni produit de contraste — permet de mesurer directement la charge de plaque calcifiée et s'avère très efficace pour réévaluer le risque chez les sportifs.3 Lorsqu'un athlète de la catégorie « masters », qui semble présenter un faible risque selon les critères d'évaluation traditionnels, s'avère avoir un score calcique élevé, cela modifie la perspective thérapeutique : cela permet d'identifier une personne qui pourrait bénéficier de statine un traitement, une surveillance plus étroite et des examens fonctionnels plus approfondis.
Cependant, la tomographie par émission de positrons (TEP) présente une limite importante chez cette population : elle ne permet de détecter que calcifié plaque. Comme le montrent les données de Master@Heart, les sportifs présentent également davantage de plaque non calcifiée — et le score CAC ne permet pas de la détecter. Un score CAC normal ne garantit pas pour autant que les artères d’un sportif d’endurance de longue date soient en parfaite santé, contrairement à ce qui pourrait être le cas chez une personne sédentaire.
Quand envisager une angiographie coronarienne par tomodensitométrie ?
Pour les sportifs présentant des symptômes — notamment une gêne thoracique, un essoufflement inexpliqué, des arythmies d'effort ou des baisses inhabituelles de capacité d'exercice — un scanner coronarien angiographie (CCTA) fournit bien plus d'informations que le seul score calcique.8 Contrairement à une angiographie coronarienne par tomodensitométrie (CAC), l'angiographie coronarienne par tomodensitométrie avec contraste (CCTA) permet de visualiser à la fois les plaques calcifiées et non calcifiées, de quantifier le degré de rétrécissement de chaque vaisseau et d'identifier les caractéristiques des plaques à haut risque. Associée à un test d'effort cardiopulmonaire, qui mesure la fonction cardiaque réelle en situation de stress physiologique, elle offre aux cliniciens une vision globale à la fois de la pathologie anatomique et de son impact fonctionnel.
La décision de procéder à une CCTA chez un sportif asymptomatique est plus complexe et doit faire l’objet d’un échange entre le sportif et son médecin concernant les symptômes, les facteurs de risque, histoire familiale, et ses objectifs en matière d'activité physique.
Les recommandations 2025 de l'AHA/ACC : la prise de décision partagée plutôt que la restriction
En 2025, l'American Heart Association et l'American College of Cardiology ont publié une prise de position scientifique exhaustive sur les aspects cardiovasculaires à prendre en compte lors de la pratique d'un sport de compétition chez les athlètes présentant des anomalies cardiovasculaires.15 Ce document marque un changement philosophique majeur dans la manière dont la communauté cardiologique aborde cette population.
Alors que les premières générations de médecine du sport prônaient la prudence — en excluant de la compétition les athlètes présentant des résultats anormaux —, la déclaration de 2025 approuve explicitement un cadre de prise de décision partagée. Plutôt que de voir les médecins restreindre unilatéralement la pratique sportive sur la base de résultats d'imagerie, les recommandations préconisent une communication ouverte entre le praticien et l'athlète concernant les données disponibles, les incertitudes existantes, ainsi que les valeurs et priorités propres à l'athlète.
Principes clés des recommandations 2025 de l'AHA/ACC pour les sportifs seniors atteints d'une maladie coronarienne
| Domaine | Ce que prévoient les lignes directrices de 2025 |
| Prise de décision | La prise de décision partagée constitue la norme en matière de soins, et non les restrictions imposées par le médecin. Les valeurs de l’athlète, sa qualité de vie et les bienfaits avérés de l’activité physique doivent être pris en compte au même titre que les résultats anatomiques. |
| Exercice de suivi | Un taux élevé de CAC ne signifie pas automatiquement qu’un sportif doit cesser la compétition. Si un test d’effort permet d’exclure tout risque d’ischémie grave et d’arythmies dangereuses, la poursuite de la pratique sportive est vivement encouragée. |
| Traitement médical | La bonne condition physique ne remet pas en cause la nécessité d'un traitement médical fondé sur des données probantes. Une charge plaque importante justifie d'envisager un traitement par statines et une prise en charge rigoureuse de la tension artérielle. |
| Préparation aux situations d'urgence | Soudain arrêt cardiaque peut survenir même chez des sportifs ayant fait l'objet d'un dépistage rigoureux. Tous les lieux où se pratiquent des activités sportives devraient être équipés de défibrillateurs automatiques externes (DAE) et disposer de secouristes formés — c'est une condition incontournable. |
DAE = défibrillateur externe automatique; AHA/ACC = American Heart Association/American College of Cardiology ; CAC = calcium coronaire. Adapté de la déclaration scientifique 2025 de l'AHA/ACC.15
Ces recommandations soulignent également que la découverte d’une calcification dans les artères d’un sportif ne constitue en aucun cas une raison d’abandonner le traitement médical. Les statines et le contrôle de la tension artérielle restent la pierre angulaire de prévention secondaire quel que soit le niveau de condition physique. Une bonne condition cardiovasculaire n'empêche pas de bénéficier des effets bénéfiques des médicaments.
Synthèse : ce que nous savons et ce qui reste incertain
L'histoire de la maladie coronarienne chez les athlètes masters illustre, à bien des égards, la complexité biologique qui défie toute simplification. L'idée selon laquelle « l'exercice physique est toujours bénéfique » s'avère incomplète lorsqu'il est pratiqué à des doses extrêmes et sur des périodes extrêmement longues. Mais l'idée selon laquelle « l'exercice physique est dangereux » est tout aussi erronée. La vérité est bien plus intéressante que ces deux extrêmes.
Voici un résumé fidèle de ce que nous pouvons affirmer avec certitude, sur la base des données disponibles à ce jour :
Ce que nous savons : Les athlètes masculins de la catégorie « masters » accumulent nettement plus de plaque coronaire que les personnes sédentaires ou modérément actives du même âge et présentant le même profil de risque — y compris de la plaque non calcifiée située à des endroits proximaux dangereux. Cette accumulation de plaque est due au stress mécanique lié à l’exercice de haute intensité et aux effets de mobilisation du calcium résultant d’élévations répétées du taux d’hormone parathyroïdienne. C'est l'intensité de l'effort — et non son volume total — qui semble être le principal facteur de progression du calcium coronaire (CAC). Malgré cela, la mortalité toutes causes confondues et la mortalité cardiovasculaire restent nettement plus faibles chez les populations très actives, même lorsqu'elles présentent un taux élevé de calcium coronaire. Les athlètes féminines de la catégorie « masters » sont largement épargnées par ce paradoxe ; leur charge en plaques coronariennes est déterminée par les facteurs de risque traditionnels, et non par l'exercice physique. Les outils de calcul de risque standard sous-estiment considérablement la charge de plaques chez les athlètes. Et les recommandations 2025 de l’AHA/ACC préconisent une prise de décision individualisée et partagée plutôt qu’une restriction généralisée.
Ce qui reste incertain : Nous ne disposons pas encore de données sur les résultats cliniques à long terme provenant spécifiquement de cohortes d’athlètes à haut volume d’entraînement. Nous ne comprenons pas entièrement pourquoi certains athlètes développent une plaque non calcifiée importante alors que d’autres, ayant des antécédents d’entraînement similaires, n’en développent pas. Nous ne connaissons pas le seuil précis d’intensité ou de durée de l’effort au-delà duquel les risques structurels l’emportent sur les bénéfices systémiques — si tant est qu’un tel seuil existe au niveau de la population. Et nous ne disposons pas de recommandations claires sur le moment où, ni même si, la découverte d’une maladie coronarienne subclinique chez un athlète asymptomatique devrait modifier son comportement à l’entraînement.
| Ce qu’il faut avant tout comprendre, c’est ceci : si vous êtes un sportif d’endurance d’un certain âge, la présence de calcium coronaire dans vos artères ne signifie pas que vos années d’entraînement vous ont nui. Les données suggèrent fortement le contraire : votre activité physique a considérablement réduit votre risque de décès lié à cette maladie, même si les contraintes mécaniques de l'entraînement ont laissé des traces sur vos parois artérielles. Cela signifie toutefois que vous méritez des soins cardiovasculaires adaptés et personnalisés — et non pas d'être pris à la légère, ni de céder à la panique. |
Conclusion : Le pouvoir durable du mouvement
Le paradoxe de la calcification chez les sportifs est l'une des énigmes les plus fascinantes de la cardiologie contemporaine, et il est loin d'être entièrement élucidé. Mais ses grandes lignes sont désormais suffisamment claires pour permettre de tirer certaines conclusions fiables.
Des décennies d’exercice d’endurance à haute intensité laissent effectivement une empreinte structurelle sur les artères coronaires des sportifs masculins vieillissants : davantage de plaques, y compris certains types de plaques traditionnellement considérés comme à haut risque, situées à des endroits anatomiquement vulnérables. Il ne s’agit ni d’un mythe ni d’un artefact de mesure. Il s'agit d'un véritable phénomène biologique régi par de réels mécanismes physiologiques : le stress hémodynamique, l'hormone parathyroïdienne, le comportement des cellules musculaires lisses vasculaires et la tentative de l'organisme de réparer des lésions artérielles répétées.
Et pourtant, ces mêmes décennies d’activité physique qui entraînent ces changements structurels mettent simultanément en place un ensemble extraordinaire de mécanismes de protection cardiovasculaire : des capes fibreuses plus épaisses et plus stables qui résistent à la rupture ; des artères élargies qui peuvent accueillir la plaque sans subir les mêmes conséquences fonctionnelles ; une capacité supranormale réserve coronaire; ainsi que de vastes réseaux de soutien qui assurent une redondance face à des situations d'urgence occlusion. Il en résulte un système cardiovasculaire à la fois plus atteint et mieux protégé que celui d'une personne sédentaire.
Le critère ultime qui compte — la survie — penche clairement en faveur de l'athlète. Une activité physique intense protège contre la mortalité cardiovasculaire, même en présence d'une calcification coronarienne importante. L'inactivité, en revanche, amplifie considérablement le potentiel létal de ces mêmes lésions anatomiques.
Cela ne signifie en aucun cas qu’il faille ignorer les résultats coronariens chez les sportifs d’âge mûr. Cela signifie qu’il faut les interpréter correctement — en tenant compte de l’ensemble du contexte physiologique, à l’aide des outils appropriés, et dans le cadre d’une collaboration entre des cliniciens bien informés et des patients bien informés. C’est précisément ce que préconisent désormais les recommandations 2025 de l’AHA/ACC. Et c’est, en fin de compte, ce qu’a toujours caractérisé une médecine de qualité : aborder la complexité avec nuance, et les données scientifiques avec humilité.
Avertissement médical
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre purement informatif et s'appuient sur des publications scientifiques évaluées par des pairs. Elles ne constituent en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou une recommandation thérapeutique. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié avant de modifier votre programme d'activité physique, de passer des examens cardiovasculaires ou de commencer ou d'arrêter un traitement médicamenteux. Les profils de risque individuels varient considérablement, et aucune conclusion générale valable pour l'ensemble de la population ne doit être appliquée sans une évaluation clinique professionnelle.
Références
Toutes les sources citées dans cet article sont des publications ayant fait l'objet d'une évaluation par les pairs. Des références sont fournies à l'intention des lecteurs qui souhaiteraient consulter les sources primaires.
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